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Mozambique: Le mégaprojet gazier de TotalEnergies à la croisée des chemins

Trois ans après son interruption brutale, le projet gazier Mozambique LNG mené par TotalEnergies pourrait redémarrer prochainement. Le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, est attendu à Maputo courant juillet, selon une source proche du dossier. Si rien n’est encore acté, la levée de la force majeure, déclenchée en 2021 à la suite d’une attaque jihadiste sanglante à Palma, est désormais sur la table des actionnaires.

Estimé à 20 milliards de dollars, ce projet reste l’un des plus importants investissements énergétiques en Afrique subsaharienne. Pourtant, la production de gaz liquéfié ne devrait pas démarrer avant 2029, selon les dernières déclarations de Patrick Pouyanné au journal japonais Nikkei.

Une richesse colossale sous terre

Le Mozambique dispose de réserves estimées à plus de 5.000 milliards de mètres cubes de gaz naturel, localisées au large de Cabo Delgado, dans le bassin de Rovuma. Des volumes suffisants pour approvisionner plusieurs grandes puissances européennes pendant deux décennies.

Cette manne attise depuis plus d’une décennie les convoitises des géants du secteur : ENI, TotalEnergies, ExxonMobil. Le site offshore Coral Sul, opéré par le groupe italien, est le seul à avoir commencé à produire fin 2022. ExxonMobil, de son côté, pourrait valider en 2026 un projet aux capacités encore plus vastes.

Selon le cabinet Deloitte, l’ensemble de ces projets pourrait placer le Mozambique parmi les dix premiers producteurs mondiaux de gaz d’ici 2040, en représentant jusqu’à 20 % de la production africaine.

Des cicatrices encore ouvertes

Mais cette perspective se heurte à un contexte sécuritaire toujours instable. L’insurrection jihadiste qui frappe le nord du pays depuis 2017 a fait plus de 6.000 morts. L’attaque de mars 2021 contre Palma a laissé des traces profondes. L’ONG ACLED a recensé 801 morts en quelques jours, dont plusieurs dizaines de sous-traitants liés au projet gazier.

Une information judiciaire a été ouverte en France pour homicide involontaire visant TotalEnergies, après des plaintes de survivants. En parallèle, des exactions présumées de l’armée mozambicaine contre des civils ont également fait l’objet d’enquêtes locales, à la demande du groupe.

Depuis 2021, la sécurité du site repose principalement sur des troupes rwandaises, déployées avec le soutien financier de l’Union européenne, alors que le groupe Wagner, initialement sollicité, n’a pas apporté les résultats escomptés.

Une relance qui divise

La reprise du projet intervient dans un climat politique tendu. Les protestations qui ont suivi les élections générales d’octobre dernier, entachées d’irrégularités, ont ralenti les discussions entre les partenaires. Et sur le terrain, les attaques, bien que moins meurtrières, continuent de provoquer des déplacements massifs. L’ONU évoque 48.000 personnes déplacées depuis le début de l’année.

Côté économique, les prévisions du FMI tablent sur une croissance à deux chiffres en 2028 et 2029, portée par le gaz. Mais ces projections s’accompagnent de nombreuses incertitudes. Le consortium Mozambique LNG prévoit la création de seulement 5.000 emplois locaux au pic des travaux.

Les bénéfices potentiels dépendent surtout du fonctionnement d’un fonds souverain mis en place par les autorités, dans un pays où une partie de la classe politique a été impliquée dans un vaste scandale de détournement de fonds liés à des emprunts illégaux.

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