Sept ans après l’incendie qui a paralysé sa seule raffinerie, le Cameroun revoit sa stratégie. Le gouvernement abandonne le plan PARRAS 24 au profit d’un partenariat public-privé (PPP), jugé plus à même d’attirer les financements nécessaires à la reconstruction et à la modernisation de la SONARA. Un changement de cap qui illustre la volonté de Yaoundé de relancer un actif stratégique sans alourdir davantage les finances publiques.
Longtemps présenté comme la feuille de route pour remettre la Société nationale de raffinage (SONARA) sur pied, le programme PARRAS 24 ne sera finalement pas mis en œuvre sous sa forme initiale. Les autorités camerounaises ont choisi d’opter pour un modèle de partenariat public-privé (PPP) de type Design-Build-Finance-Maintain (DBFM) afin de financer, construire et moderniser la raffinerie de Limbé. Ce changement de stratégie répond à une réalité économique.
Le coût de la réhabilitation de la SONARA, dont plusieurs unités ont été détruites par l’incendie de mai 2019, a fortement augmenté au fil des études techniques. Le projet ne consiste plus seulement à remettre les installations en état, mais à transformer la raffinerie en un outil industriel plus performant, capable de traiter davantage de brut camerounais et de porter sa capacité de raffinage à 3,5 millions de tonnes par an.
Le schéma retenu vise également à limiter l’impact budgétaire pour l’État. Dans le modèle DBFM, le partenaire privé assure la conception, le financement, la construction et la maintenance des infrastructures, tandis que la SONARA conserve la propriété des installations ainsi que l’exploitation de la raffinerie. Pour le gouvernement, cette formule améliore la bancabilité du projet et rassure les bailleurs internationaux, tout en préservant un actif considéré comme stratégique pour la sécurité énergétique du pays.
La reconstruction de la SONARA revêt un enjeu majeur pour le Cameroun. Depuis l’arrêt de la production, le pays dépend largement des importations de carburants raffinés, une situation qui pèse sur les finances publiques et accroît la vulnérabilité face aux fluctuations des marchés internationaux. La modernisation de l’outil industriel devrait permettre d’améliorer le traitement du pétrole brut national, de réduire les importations de produits raffinés et de renforcer l’autonomie énergétique du pays.
Au-delà de la seule raffinerie, le dossier SONARA constitue un test de crédibilité pour la politique camerounaise de partenariats public-privé. En lançant une consultation internationale auprès des investisseurs et des institutions financières, Yaoundé cherche à démontrer sa capacité à structurer des projets industriels de grande envergure selon les standards internationaux. Si l’opération aboutit, elle pourrait servir de référence pour d’autres infrastructures stratégiques du pays.

