Le fret américain renchérit les importations céréalières marocaines

Le coût du transport maritime d’une cargaison de 30.000 tonnes de céréales entre le golfe du Mexique et le Maroc atteint désormais 45,75 dollars la tonne, contre 43,50 dollars une semaine auparavant, ajoutant 67.500 dollars à la facture logistique d’un navire.

Le marché marocain des céréales aborde la reprise des importations de blé tendre avec une nouvelle pression sur les coûts logistiques. Le fret maritime depuis les ports américains du golfe du Mexique s’établit à 45,75 dollars la tonne pour une cargaison de 30.000 tonnes. Le tarif était de 43,50 dollars la tonne une semaine auparavant. Cette progression de 2,25 dollars représente une hausse d’environ 5,2% et porte à 67.500 dollars le surcoût pour une cargaison de 30.000 tonnes.

Cette évolution intervient à la veille de la reprise officielle des importations de blé tendre, programmée à partir du 16 septembre 2026. L’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL) a prévu un dispositif de soutien applicable aux cargaisons chargées entre le 16 septembre et le 31 décembre.

La décision intervient après une suspension des importations destinée à favoriser l’écoulement de la récolte nationale. Malgré l’amélioration de la campagne agricole, la collecte de blé tendre est restée inférieure aux attentes des professionnels. La production céréalière marocaine de 2026 est estimée à environ 90 millions de quintaux, soit près de 9 millions de tonnes, avec une nette amélioration par rapport aux campagnes précédentes marquées par la sécheresse.

La collecte effective n’a toutefois pas suivi le même rythme. Les professionnels du secteur ont fait état d’environ 6 millions de quintaux de blé tendre collectés, alors que les objectifs initiaux se situaient autour de 15 à 20 millions de quintaux. Ce niveau de collecte ne représente qu’une fraction des besoins annuels des minoteries industrielles. Les besoins nationaux en blé tendre destiné à la mouture sont estimés à environ 400.000 tonnes par mois.

Entre janvier et mai 2026, le Maroc avait déjà importé quelque 2,3 millions de tonnes de blé tendre, soit l’équivalent de la consommation de la minoterie sur cette période, selon les professionnels du secteur. Sur les quatre premiers mois de 2026, les importations marocaines de céréales et produits dérivés ont atteint 5,48 millions de tonnes, contre 4,74 millions un an auparavant, soit une progression de 16%. Les seules céréales ont représenté 4,27 millions de tonnes, en hausse de 14%. Le blé tendre a atteint 1,99 million de tonnes, en progression de 17%, tandis que les achats de maïs ont bondi de 31%, à 1,32 million de tonnes.

La dépendance du Royaume au marché international reste donc importante malgré le redressement de la production nationale. La diversification des fournisseurs constitue à ce titre un élément essentiel de la stratégie d’approvisionnement. À fin août 2025, la France représentait 26% des importations marocaines de céréales principales, devant le Canada avec 14% et les États-Unis avec 12%, selon les données reprises dans un rapport du ministère de l’Économie et des Finances citant l’ONICL.

Pour le seul blé tendre, la France demeurait alors la principale origine d’approvisionnement, avec environ 64% des volumes importés. Les États-Unis occupaient également une place importante dans la diversification des sources.

Le recours au blé américain devient ainsi particulièrement sensible lorsque les coûts du transport maritime progressent. Le prix final payé par l’importateur ne dépend en effet pas uniquement du cours international du grain. Il intègre également le fret maritime, l’assurance, les frais portuaires, les coûts de manutention, le stockage et les éventuelles fluctuations du taux de change. Une hausse de 2,25 dollars par tonne du fret peut donc sembler limitée à l’échelle d’un marché mondial, mais elle devient significative lorsqu’elle est appliquée à plusieurs cargaisons de dizaines de milliers de tonnes.

Pour une cargaison de 30.000 tonnes, le seul supplément de fret atteint ainsi 67.500 dollars. À l’échelle de plusieurs navires, l’impact cumulé peut rapidement atteindre plusieurs centaines de milliers de dollars. Cette pression intervient alors que l’État cherche précisément à contenir le coût d’approvisionnement du marché intérieur. Le dispositif de soutien réactivé par l’ONICL repose sur un prix de référence de 270 dirhams le quintal et doit compenser l’écart avec le coût réel d’importation. La logistique maritime devient dès lors un paramètre déterminant de la facture céréalière marocaine. Les évolutions du marché du fret peuvent modifier sensiblement le coût rendu port, même lorsque les cours internationaux du blé restent relativement favorables.

Les infrastructures portuaires jouent également un rôle stratégique. Au cours de la campagne 2025/2026 arrêtée au 30 avril, Casablanca avait concentré environ 7,80 millions de tonnes de céréales et dérivés importés, devant Jorf Lasfar avec 2,99 millions et Agadir avec 1,26 million de tonnes.

Cette concentration confirme l’importance des grands ports céréaliers dans la sécurité alimentaire du Royaume. Elle souligne aussi la nécessité de disposer de capacités suffisantes de déchargement, de stockage et de redistribution lorsque les achats internationaux reprennent simultanément.

Pour les négociants, les organismes stockeurs et les minoteries, l’enjeu sera donc de sécuriser les volumes tout en optimisant les coûts de transport et de stockage. Le Maroc dispose aujourd’hui d’un éventail relativement diversifié de fournisseurs internationaux. Mais cette diversification ne protège pas totalement le marché contre les fluctuations du fret, des marchés céréaliers et des conditions géopolitiques internationales.

À partir du 16 septembre, la reprise des achats replacera ainsi le transport maritime au cœur de l’équation céréalière nationale. Le défi sera de reconstituer les stocks nécessaires à la minoterie tout en maîtrisant le coût rendu au port et, par conséquent, l’impact potentiel sur la chaîne alimentaire.

Dans ce contexte, chaque dollar gagné ou perdu sur le fret peut devenir significatif à l’échelle de plusieurs centaines de milliers ou de millions de tonnes. La compétitivité de l’approvisionnement céréalier marocain dépendra donc autant des prix du blé que de l’efficacité de toute la chaîne logistique reliant les grands bassins exportateurs aux ports du Royaume.

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