Alors que le mégaprojet minier de Simandou entre dans une phase décisive, l’avenir du dispositif d’ingénierie conseil mis en place par Conakry se retrouve en suspens. Sélectionnés en 2022 pour accompagner l’État guinéen sur les infrastructures ferroviaires et portuaires, Egis et Setec pourraient voir leur mission remise en concurrence avec l’arrivée du canadien CPCS.
Le mégaprojet de Simandou pourrait ouvrir un nouveau chapitre dans la bataille des cabinets d’ingénierie et de conseil autour des infrastructures stratégiques guinéennes. Selon Africa Intelligence, les groupes français Egis et Setec, choisis conjointement par Conakry en 2022 pour assurer l’ingénierie conseil de l’État sur les volets ferroviaire et portuaire du projet, s’interrogent désormais sur la poursuite de leur mission, qui doit s’achever à la fin de 2026.
L’enjeu est de taille. Le projet Simandou, considéré comme l’un des plus importants projets miniers et d’infrastructures actuellement développés en Afrique, repose sur un vaste dispositif destiné à acheminer le minerai de fer depuis les zones d’exploitation vers les infrastructures portuaires. Dans ce schéma, le chemin de fer et les installations portuaires constituent des maillons essentiels pour assurer l’évacuation de la production et la viabilité économique du projet.
La mission confiée aux cabinets français s’inscrit précisément dans cette architecture. Leur rôle consiste à accompagner l’État guinéen sur les infrastructures liées au projet, alors que Conakry cherche à renforcer son contrôle et son implication dans la réalisation de ce mégaprojet. Mais à l’approche de l’échéance contractuelle, leur position semble désormais moins assurée.
Le groupe canadien CPCS pourrait en effet entrer dans la course et mettre fin à la configuration actuelle. Cette perspective introduirait une nouvelle concurrence dans un environnement où les contrats d’ingénierie liés à Simandou représentent un enjeu stratégique et financier important. Pour les acteurs concernés, la question dépasse donc le simple renouvellement d’un contrat : elle touche à la maîtrise technique et au pilotage d’infrastructures essentielles à l’exploitation future du minerai.
Cette évolution intervient alors que la Guinée entend tirer davantage de valeur du projet Simandou et renforcer les retombées économiques nationales de l’exploitation de ses ressources minières. Le développement des infrastructures ferroviaires et portuaires doit notamment permettre de soutenir l’exportation du minerai et de contribuer à la transformation de l’économie guinéenne.
La possible mise en concurrence d’Egis et Setec avec CPCS illustre ainsi les recompositions à l’œuvre autour de Simandou. Alors que le projet entre progressivement dans une phase opérationnelle, les entreprises internationales cherchent à consolider leur position sur les différents segments de la chaîne de valeur. Pour Conakry, cette concurrence pourrait également constituer un levier pour optimiser l’accompagnement technique de l’État et négocier les meilleures conditions pour la poursuite du projet.
Le dossier reste donc particulièrement surveillé. La décision qui sera prise à l’issue de la mission actuelle d’Egis et Setec donnera une indication sur les orientations de la Guinée en matière d’ingénierie conseil et sur sa volonté de faire évoluer le dispositif d’accompagnement des infrastructures du Simandou. À quelques mois de l’échéance de leurs contrats, les deux groupes français se retrouvent ainsi face à une incertitude stratégique, dans un projet dont l’ampleur dépasse largement les frontières de la Guinée.

