Prévue du 8 au 10 décembre 2026 à Abou Dhabi, la Conférence des Nations Unies sur l’eau constitue un rendez-vous majeur pour l’avenir de la sécurité hydrique mondiale. Coorganisée par le Sénégal et les Émirats arabes unis, cette rencontre internationale ambitionne d’accélérer les investissements, de renforcer la coopération entre les États et de transformer les engagements politiques en solutions concrètes.
Pour l’Afrique, particulièrement exposée aux effets du changement climatique et aux déficits d’infrastructures hydrauliques, l’événement représente également une opportunité stratégique de faire de l’eau un moteur de développement économique, de souveraineté et d’intégration régionale.
La question de l’eau s’impose désormais comme l’un des grands défis économiques, environnementaux et géopolitiques du XXIe siècle. Dans un monde confronté à l’accroissement démographique, à l’urbanisation accélérée, aux sécheresses récurrentes et à la multiplication des tensions sur les ressources naturelles, la sécurité hydrique dépasse largement les considérations sanitaires. Elle conditionne la production agricole, la compétitivité industrielle, la sécurité alimentaire, l’approvisionnement énergétique et la stabilité des territoires.
C’est dans ce contexte que les Nations Unies réuniront, du 8 au 10 décembre 2026, les dirigeants politiques, institutions financières, organisations internationales, entreprises et acteurs de la société civile autour d’un objectif commun : accélérer la réalisation de l’Objectif de développement durable numéro 6, consacré à l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement.
L’ampleur des besoins illustre l’urgence de cette mobilisation. Selon les données présentées par les Nations Unies, environ 2,1 milliards de personnes ne disposent toujours pas d’un accès à une eau potable gérée en toute sécurité, tandis que 3,4 milliards restent privées de services d’assainissement répondant aux normes internationales.
Ces déficits compromettent la santé publique, réduisent la productivité économique et accentuent les inégalités sociales et territoriales. La dégradation des écosystèmes, la pollution des ressources souterraines et la variabilité climatique aggravent encore cette situation, particulièrement dans les pays disposant de capacités financières et techniques limitées.
Le Sénégal au cœur d’une nouvelle diplomatie mondiale de l’eau.
La coorganisation de cette conférence par le Sénégal et les Émirats arabes unis traduit une évolution significative de la place accordée aux pays africains dans la gouvernance internationale des ressources hydriques. Dakar entend capitaliser sur son expérience diplomatique, notamment l’organisation du neuvième Forum mondial de l’eau en 2022, pour défendre une approche fondée sur la coopération, l’accès équitable aux ressources et la mobilisation de financements adaptés aux réalités des pays en développement.
Les 26 et 27 janvier 2026, la capitale sénégalaise a accueilli une réunion préparatoire de haut niveau, présidée à son ouverture par le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye, qui a appelé à accélérer les investissements et à privilégier des résultats mesurables.
Cette responsabilité diplomatique offre au Sénégal une occasion de renforcer son positionnement dans les négociations internationales sur le climat, le développement durable et le financement des infrastructures. Elle permet également de promouvoir les expériences africaines en matière de gestion concertée des bassins transfrontaliers, particulièrement dans les espaces du fleuve Sénégal et du bassin du Niger.
La coopération entre Dakar et Abou Dhabi présente, à cet égard, un potentiel important : elle peut favoriser le rapprochement entre les besoins d’investissement du continent africain, les capacités financières des partenaires du Golfe et les innovations technologiques destinées à améliorer la disponibilité et l’utilisation des ressources hydriques.
Financement, innovation et souveraineté : les véritables enjeux économiques.
Au-delà des déclarations diplomatiques, la réussite de la conférence dépendra essentiellement de sa capacité à mobiliser des ressources financières et à accélérer la réalisation de projets opérationnels.
Six dialogues structurent les travaux : l’eau pour les populations, l’eau pour la prospérité, l’eau pour la planète, l’eau pour la coopération, l’eau dans les processus multilatéraux et les investissements en faveur de l’eau. Ces thématiques traduisent la volonté de replacer la ressource hydrique au centre des politiques économiques, industrielles et environnementales.
Pour les économies africaines, l’enjeu consiste notamment à développer les réseaux d’adduction, les stations de traitement, les infrastructures d’assainissement, les dispositifs de stockage et les systèmes d’irrigation performants. Les technologies de dessalement, la réutilisation des eaux usées traitées, la surveillance numérique des réseaux et l’amélioration de l’efficacité énergétique représentent également des marchés porteurs pour les entreprises industrielles et les investisseurs.
Toutefois, leur déploiement suppose des mécanismes de financement soutenables, une gouvernance transparente et des politiques tarifaires conciliant viabilité économique et accessibilité sociale.
La dimension industrielle mérite une attention particulière. L’eau constitue un intrant essentiel pour l’agroalimentaire, les mines, la chimie, le textile, l’énergie et de nombreuses activités manufacturières. Son indisponibilité ou son coût excessif peuvent freiner l’implantation de nouvelles unités de production et réduire la compétitivité des entreprises.
Dans plusieurs régions africaines, le développement industriel devra donc s’accompagner d’une planification rigoureuse des ressources hydriques, intégrant la protection des nappes, le recyclage industriel et la réduction des pertes dans les réseaux de distribution.
La conférence d’Abou Dhabi pourrait ainsi contribuer à faire évoluer les approches traditionnelles du financement de l’eau vers des modèles associant investissements publics, banques multilatérales de développement, capitaux privés et coopération internationale.
Encore faudra-t-il garantir que les mécanismes proposés répondent aux besoins des populations les plus vulnérables et ne se traduisent pas par un endettement excessif des États ou une exclusion des ménages modestes.
Pour l’Afrique, le véritable défi ne sera pas seulement de mobiliser davantage de financements, mais de transformer ces ressources en infrastructures durables, en capacités industrielles locales et en emplois qualifiés. La production d’équipements hydrauliques, la formation d’ingénieurs, la maintenance des installations et le développement d’entreprises spécialisées pourraient progressivement constituer une chaîne de valeur continentale autour de l’économie de l’eau.
À l’approche de décembre 2026, les attentes dépassent donc la seule dimension environnementale. La conférence devra démontrer que la communauté internationale est capable d’inscrire la sécurité hydrique dans une stratégie cohérente de développement, de résilience climatique et de prospérité partagée.
Pour le Sénégal, cette échéance représente une opportunité de leadership diplomatique ; pour l’Afrique, elle peut ouvrir une nouvelle séquence d’investissements et de coopération ; pour la communauté internationale, elle constitue surtout un test de crédibilité dans la réalisation des engagements pris au titre de l’Agenda 2030.
L’enjeu fondamental sera de passer d’une diplomatie des engagements à une diplomatie des réalisations. Car l’accès durable à l’eau ne constitue pas seulement un droit humain : il représente désormais l’une des conditions essentielles de la souveraineté économique, de la stabilité sociale et de la compétitivité des nations.

