Réunis le 22 octobre 2026 à Accra, au Ghana, les ministres de l’Énergie de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont adopté deux textes majeurs destinés à renforcer le fonctionnement du marché régional de l’électricité. Portant sur le développement du stockage énergétique par batteries et la consolidation du mécanisme de financement du marché, ces décisions traduisent la volonté des États membres de bâtir un espace énergétique plus intégré, plus résilient et davantage tourné vers les énergies renouvelables.
L’Afrique de l’Ouest franchit une nouvelle étape dans la construction de son marché commun de l’électricité. À l’occasion de la 16ᵉ réunion des ministres chargés de l’Énergie de la CEDEAO, organisée jeudi 22 octobre 2026 à Accra, les États membres ont réaffirmé leur engagement en faveur d’une coopération énergétique renforcée, considérée comme un levier essentiel de développement économique, de compétitivité industrielle et d’intégration régionale.
Présidée par le ministre sénégalais de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, cette rencontre a débouché sur l’adoption de deux instruments réglementaires appelés à accompagner la transformation progressive du secteur électrique ouest-africain.
Le premier texte concerne le déploiement des systèmes de stockage d’énergie par batteries, communément désignés par l’acronyme BESS (Battery Energy Storage Systems). Cette technologie constitue un maillon stratégique de la transition énergétique, particulièrement dans une région disposant d’importantes ressources solaires et éoliennes, mais confrontée aux contraintes d’intermittence de leur production.
En permettant de conserver l’électricité produite pendant les périodes de forte disponibilité pour la restituer lorsque la demande augmente, les dispositifs de stockage peuvent contribuer à stabiliser les réseaux, à améliorer la qualité de l’approvisionnement et à faciliter l’intégration des énergies renouvelables dans les systèmes électriques nationaux.
Le second texte porte sur l’amendement du dispositif relatif à la redevance du Marché régional de l’électricité (MRE). Cette évolution réglementaire vise à renforcer la sécurité financière du marché et à consolider l’autonomie de son opérateur. Au-delà de sa dimension administrative, cette réforme touche à une question fondamentale : la capacité du marché régional à disposer de mécanismes de financement durables, indispensables à son fonctionnement, à la coordination des échanges transfrontaliers et à la confiance des différents acteurs du secteur.
L’interconnexion électrique, pilier de la souveraineté énergétique régionale.
Les discussions ministérielles ont également porté sur l’état d’avancement du Marché régional de l’électricité, les projets prioritaires d’interconnexion et le développement des infrastructures de transport énergétique. Une attention particulière a été accordée au Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain (WAPP), également connu sous l’appellation de Système d’échanges d’énergie électrique ouest-africain, dont le rôle consiste à favoriser l’intégration des réseaux nationaux et à faciliter la circulation de l’électricité entre les pays.
L’enjeu dépasse largement la seule modernisation des infrastructures. Dans une région où les capacités de production, les ressources énergétiques et les besoins de consommation demeurent inégalement répartis, l’interconnexion représente un instrument de solidarité économique et de rationalisation des investissements. Elle permet, à terme, aux pays disposant de capacités excédentaires de contribuer à l’approvisionnement de leurs voisins, tout en réduisant la nécessité pour chaque État de développer isolément l’ensemble de ses moyens de production et de réserve.
Cette approche régionale pourrait également contribuer à réduire les coûts structurels de l’électricité, à améliorer la compétitivité des entreprises et à soutenir l’industrialisation des économies ouest-africaines. Pour les industries manufacturières, les exploitations agricoles, les PME et les services numériques, la disponibilité d’une énergie fiable et financièrement accessible constitue en effet une condition déterminante de productivité et d’attractivité des investissements.
À l’issue des travaux, El Hadji Abdourahmane Diouf a réaffirmé l’ambition partagée des États membres de garantir aux populations un accès universel à une énergie propre, fiable et abondante. Le ministre sénégalais a particulièrement insisté sur la nécessité d’accélérer l’interconnexion des réseaux électriques nationaux, condition essentielle à l’amélioration de la stabilité, des performances et de l’efficacité du marché régional.
Sur le plan géoéconomique, les décisions prises à Accra témoignent d’une prise de conscience croissante : la souveraineté énergétique ouest-africaine ne saurait se construire exclusivement à l’échelle nationale. Elle suppose une mutualisation progressive des infrastructures, une harmonisation des cadres réglementaires, une mobilisation accrue des investissements et une coopération opérationnelle entre les producteurs, les gestionnaires de réseaux et les autorités de régulation.
L’adoption de ces deux textes constitue ainsi une avancée institutionnelle importante, même si leur portée effective dépendra de leur mise en œuvre, de la mobilisation des financements et de l’accélération des projets d’interconnexion. Pour la CEDEAO, le défi consiste désormais à transformer les engagements politiques en capacités énergétiques concrètes, capables de répondre aux besoins croissants des ménages et des entreprises.
En consolidant les fondements techniques, réglementaires et financiers du marché régional de l’électricité, l’Afrique de l’Ouest cherche à faire de l’énergie non plus seulement un service essentiel, mais un véritable facteur d’intégration économique, de transformation industrielle et de souveraineté collective. L’avenir du marché électrique régional se jouera désormais autant dans la réalisation des infrastructures que dans la capacité des États à faire converger leurs politiques énergétiques autour d’une ambition commune.

