Trente-quatre ans après avoir accueilli la Coupe d’Afrique des nations en 1992, le Sénégal envisage de renouer avec l’organisation de la plus prestigieuse compétition du football continental. Selon des informations rendues publiques ce jeudi 22 octobre 2026, les autorités sénégalaises ont engagé des réflexions autour d’une éventuelle candidature pour l’édition 2032.
Une ambition qui dépasse largement le cadre sportif et pourrait constituer un puissant levier de développement économique, d’investissements infrastructurels, de promotion touristique et de rayonnement diplomatique. Mais Dakar devra composer avec les ambitions concurrentes du Burkina Faso, du Mali et du Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ainsi qu’avec les exigences croissantes de la Confédération africaine de football (CAF).
Le Sénégal pourrait prochainement se lancer dans une nouvelle aventure continentale, cette fois sur le terrain de l’organisation des grandes compétitions internationales. Selon la Radio futurs médias (RFM), une réunion consacrée à la perspective d’accueillir la Coupe d’Afrique des nations 2032 se tient ce jeudi 22 octobre au ministère de la Jeunesse et des Sports. Cette initiative intervient dans un contexte où la Confédération africaine de football a engagé, selon les informations rapportées, un processus de candidatures pour les éditions 2028, 2032 et 2036. Si aucune candidature sénégalaise officielle n’est encore confirmée, cette première démarche témoigne d’une volonté de repositionner le pays parmi les grandes destinations sportives africaines.
L’ambition sénégalaise revêt une forte dimension historique. Le pays n’a organisé la Coupe d’Afrique des nations qu’une seule fois, en 1992, lors d’une édition remportée par la Côte d’Ivoire. Quarante ans plus tard, une éventuelle organisation en 2032 constituerait un événement majeur pour le football national et pour une génération de supporters qui n’a jamais connu une CAN disputée à domicile. Elle permettrait également au Sénégal de valoriser son expérience dans l’accueil de compétitions internationales, notamment à travers les investissements réalisés dans les infrastructures sportives et les préparatifs des Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026.
Le projet pourrait s’appuyer sur plusieurs atouts. Le Sénégal dispose d’une tradition footballistique reconnue, d’une forte mobilisation populaire autour de son équipe nationale et d’infrastructures modernes, parmi lesquelles le stade Abdoulaye-Wade de Diamniadio. Sa position géographique sur la façade atlantique, son aéroport international Blaise-Diagne et son potentiel touristique constituent également des arguments susceptibles de renforcer l’attractivité d’une candidature. Toutefois, l’organisation d’une CAN moderne nécessite un dispositif beaucoup plus vaste qu’un stade de référence : plusieurs enceintes répondant aux normes internationales, des terrains d’entraînement, des infrastructures hôtelières, des équipements sanitaires, des dispositifs de sécurité et des réseaux de transport performants.
Une ambition sportive aux enjeux économiques, diplomatiques et géostratégiques
Au-delà de la compétition elle-même, l’organisation de la CAN 2032 pourrait représenter un véritable projet de transformation territoriale. Les investissements nécessaires offriraient l’occasion d’accélérer la modernisation des infrastructures dans plusieurs régions, à condition d’éviter une concentration excessive des équipements autour de Dakar. Des villes comme Thiès, Saint-Louis, Kaolack ou Ziguinchor pourraient être étudiées dans une logique de répartition territoriale, sous réserve de leur capacité à satisfaire les exigences techniques, logistiques et sécuritaires de la CAF. Une telle orientation permettrait d’inscrire l’événement dans une stratégie nationale d’aménagement du territoire et de développement régional.
Les retombées économiques potentielles seraient multiples. Les secteurs du bâtiment et des travaux publics, du transport, de l’hôtellerie, de la restauration, des télécommunications, des services événementiels et du commerce pourraient bénéficier des investissements préparatoires et de l’afflux de visiteurs. La compétition offrirait également une vitrine internationale aux entreprises sénégalaises et aux produits locaux. Cependant, ces bénéfices ne seraient ni automatiques ni uniformément répartis. Leur ampleur dépendrait de la qualité de la planification, du recours aux entreprises nationales, de la maîtrise des dépenses publiques et de la capacité à assurer une utilisation durable des infrastructures après le tournoi.
La candidature sénégalaise pourrait toutefois rencontrer une concurrence régionale significative. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel, nourrissent également l’ambition d’organiser conjointement l’édition 2032. Cette perspective donnerait à la compétition une dimension géopolitique particulière. Pour les trois pays sahéliens, accueillir la CAN constituerait une occasion de renforcer leur coopération, de promouvoir leur image internationale et de démontrer leur capacité à porter ensemble un projet sportif d’envergure. La faisabilité d’une telle candidature dépendrait néanmoins de garanties solides concernant la sécurité, les infrastructures, les déplacements et les capacités de financement.
Une autre hypothèse mérite l’attention : celle d’une candidature conjointe entre le Sénégal et la Guinée. Selon les informations publiées ce 22 octobre, Conakry envisagerait également une coopération avec Dakar pour accueillir la compétition. Une telle formule pourrait permettre de mutualiser certains investissements, de répartir les rencontres entre plusieurs villes et de renforcer les relations bilatérales. Elle s’inscrirait dans une logique d’intégration régionale par le sport, tout en nécessitant une coordination institutionnelle rigoureuse entre les deux États, notamment sur les questions de transport, de sécurité, de financement et de gouvernance.
Pour le Sénégal, le choix entre une candidature individuelle et une organisation conjointe constituera donc une décision stratégique majeure. Une candidature nationale permettrait de concentrer les retombées économiques et la visibilité internationale sur le territoire sénégalais, mais impliquerait un effort d’investissement potentiellement plus important. Une candidature partagée pourrait réduire certaines charges et favoriser les synergies régionales, tout en introduisant des contraintes supplémentaires de coordination. Dans les deux cas, la crédibilité du dossier dépendra de la capacité des autorités à présenter un projet techniquement solide, financièrement soutenable et conforme aux cahiers des charges de la CAF.
La question du financement sera déterminante. L’expérience internationale montre que l’accueil des grandes compétitions sportives peut générer des effets positifs durables lorsque les investissements répondent à des besoins économiques préexistants. À l’inverse, la construction d’équipements surdimensionnés ou insuffisamment utilisés après l’événement peut peser durablement sur les finances publiques. Le Sénégal devra donc privilégier une approche fondée sur la réhabilitation des installations existantes, les partenariats public-privé lorsque ceux-ci sont pertinents, la mobilisation de sponsors et une évaluation rigoureuse des coûts et des bénéfices attendus.
L’échéance de 2032 offre une fenêtre de préparation importante. Six années permettraient, sous réserve d’une décision rapide et d’un calendrier maîtrisé, de structurer un dossier de candidature, d’identifier les villes hôtes, de mobiliser les financements et de programmer les travaux nécessaires. La réussite d’un tel projet exigerait cependant une gouvernance dédiée, associant l’État, la Fédération sénégalaise de football, les collectivités territoriales, les entreprises et les acteurs du tourisme. L’organisation devrait également intégrer des objectifs environnementaux, notamment en matière de mobilité, d’efficacité énergétique et de gestion durable des équipements.
L’enjeu diplomatique ne serait pas moins important. Accueillir la CAN offrirait au Sénégal une plateforme de visibilité auprès de l’ensemble du continent africain et de ses partenaires internationaux. Dans un environnement régional marqué par des recompositions politiques et économiques, le sport pourrait devenir un instrument de rapprochement, de coopération et d’influence. Une candidature crédible contribuerait ainsi à renforcer le positionnement de Dakar comme pôle d’accueil d’événements internationaux et comme acteur de la diplomatie sportive africaine.
Enfin, la perspective d’organiser la CAN 2032 pourrait susciter un nouvel élan populaire autour du football sénégalais. Mais l’enthousiasme sportif devra être accompagné d’une vision économique de long terme. L’objectif ne devrait pas se limiter à accueillir plusieurs semaines de compétition, mais à transformer cette opportunité en accélérateur de développement, en créateur d’emplois et en instrument de valorisation des territoires.
Quarante ans après la CAN 1992, le Sénégal pourrait ainsi écrire une nouvelle page de son histoire sportive. Mais pour transformer cette ambition en réalité, Dakar devra démontrer que son projet dépasse la seule passion du football et repose sur une stratégie cohérente d’investissement, de développement territorial et de rayonnement continental. La véritable victoire serait alors de faire de la CAN 2032 non seulement une fête du football africain, mais aussi un héritage économique et infrastructurel durable pour les générations futures.

