Air Sénégal traverse une séquence particulièrement sensible. La compagnie nationale a retiré, depuis le 17 septembre 2026 et à titre conservatoire, l’ensemble des hôtesses et stewards sénégalais affectés à la liaison Dakar-Paris-Dakar, dans le cadre d’investigations portant sur un présumé système de convoyage rémunéré de marchandises.
L’affaire dépasse désormais le simple cadre disciplinaire interne. Selon plusieurs médias sénégalais, dont L’Observateur, une enquête impliquant Interpol cherche à déterminer les responsabilités de certains membres du personnel navigant commercial (PNC) qui auraient utilisé leur statut pour transporter, contre rémunération, différents colis entre la France et le Sénégal.
Parmi les marchandises évoquées figurent des colis ordinaires, mais également des bagages hors gabarit et des pièces automobiles, notamment des pare-chocs. Ces pratiques relèveraient du « GP », un système informel de transport de marchandises par des personnes effectuant régulièrement la liaison entre deux pays. L’enquête doit précisément établir l’ampleur de ces pratiques et identifier les éventuels bénéficiaires et responsables.
Le mystérieux pot de lait
Un épisode particulier aurait attiré l’attention des enquêteurs. Une hôtesse aurait été sollicitée, au départ de Paris, pour transporter un contenant présenté comme un pot de lait. Sur ses gardes, elle aurait décidé d’en vérifier le contenu avant de l’embarquer. Elle aurait alors découvert une substance suspecte, ensuite présentée comme une drogue dure. La personne qui lui aurait remis le colis serait devenue injoignable après les faits. Ces éléments demeurent à ce stade des faits rapportés dans le cadre de l’enquête et devront être confirmés par les investigations.
Face à ces soupçons, la direction générale d’Air Sénégal a choisi une mesure collective et temporaire. Depuis le 17 septembre, les équipages sénégalais habituellement affectés à cette liaison ne sont plus mobilisés sur Dakar-Paris-Dakar. La compagnie indique vouloir attendre les conclusions des investigations avant de déterminer les responsabilités individuelles et les éventuelles sanctions.
MyWay prend le relais
La continuité du service est assurée par les équipages de MyWay Airlines, compagnie privée géorgienne intervenant pour le compte d’Air Sénégal. Selon Dakaractu, cette organisation s’inscrit dans le cadre d’un contrat de type ACMI, qui permet à une compagnie de fournir notamment l’avion, l’équipage, la maintenance et l’assurance.
Cette situation place donc Air Sénégal devant un double impératif : préserver la continuité de sa liaison internationale tout en sécurisant ses procédures internes. Pour une compagnie nationale, la question ne concerne pas seulement la discipline du personnel. Elle touche également aux mécanismes de contrôle des bagages, à la traçabilité des marchandises, à la sûreté aérienne et à la protection de la réputation du pavillon national.
L’affaire rappelle par ailleurs que le transport informel de colis constitue un risque particulier lorsqu’il échappe aux procédures officielles de fret et de contrôle. Dans le secteur aérien, où la sûreté repose sur une chaîne de vérifications et de responsabilités clairement identifiées, tout contournement des procédures peut créer des vulnérabilités importantes.
Air Sénégal devra désormais laisser les investigations déterminer les faits, distinguer les responsabilités individuelles des pratiques éventuellement plus larges et tirer les conséquences opérationnelles nécessaires. L’enjeu dépasse ainsi le sort des équipages concernés : il porte sur la capacité de la compagnie nationale à renforcer durablement ses dispositifs de contrôle et à préserver la confiance de ses passagers et de ses partenaires.

