Sénégal : le rejet de la LFR 2026 : quels impacts sur les entreprises marocaines opérant sur le marché local ?

Le rejet du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 par l’Assemblée nationale sénégalaise, le 3 novembre, suscite des interrogations sur ses éventuelles répercussions économiques, notamment pour les banques et les entreprises marocaines implantées au Sénégal. Toutefois, cette décision ne signifie ni un arrêt du fonctionnement de l’État ni une suspension automatique de ses engagements financiers. La loi de finances initiale, votée en décembre 2025, demeure en vigueur et constitue le cadre budgétaire permettant aux pouvoirs publics de poursuivre l’essentiel de leurs missions et de leurs dépenses autorisées. Pour les opérateurs marocains, les risques dépendront surtout de la durée des incertitudes budgétaires et de leurs conséquences sur les paiements publics, les investissements et l’activité économique.

Le Sénégal traverse une séquence budgétaire particulière après le rejet, mardi 3 novembre 2026, du projet de loi de finances rectificative par l’Assemblée nationale. L’adoption d’une question préalable, portée par le député Amadou Ba, membre de la majorité parlementaire Pastef, a interrompu l’examen du texte, sur fond de divergences concernant les prévisions budgétaires, l’exécution des investissements et la transparence des finances publiques.

Cette situation intervient dans un contexte économique marqué par les efforts de redressement budgétaire, les contraintes de financement et les discussions avec les partenaires financiers internationaux. Elle retient également l’attention des investisseurs étrangers, particulièrement des groupes marocains qui ont développé une présence significative sur le marché sénégalais.

Une loi de finances initiale toujours applicable

Contrairement à ce que pourrait laisser penser le rejet de la LFR, le Sénégal ne se retrouve pas sans budget. La loi de finances initiale pour l’exercice 2026, adoptée en décembre 2025, demeure applicable. Elle continue d’encadrer la perception des recettes publiques et l’exécution des dépenses autorisées, conformément aux règles de gestion budgétaire.

Cette continuité juridique et financière permet à l’État de poursuivre le paiement des salaires, le fonctionnement des administrations, le service de la dette et l’exécution des engagements couverts par les crédits disponibles. Elle peut ainsi lui permettre d’honorer l’essentiel de ses obligations, sous réserve de la disponibilité effective des ressources de trésorerie et du respect des procédures budgétaires.

Le rejet de la loi rectificative empêche principalement l’adoption des modifications budgétaires qu’elle prévoyait. Il ne remet pas automatiquement en cause les autorisations déjà accordées par la loi de finances initiale.

Cette distinction est essentielle pour apprécier les conséquences économiques de la décision parlementaire. Le risque immédiat ne réside pas dans une paralysie de l’État, mais dans une éventuelle réduction de sa capacité à ajuster ses prévisions et à répondre à de nouveaux besoins de financement.

Banques marocaines : vigilance sur les risques de crédit

Le Sénégal représente un marché important pour plusieurs groupes bancaires marocains. Attijariwafa bank, à travers la CBAO, Bank of Africa et le groupe Banque Centrale Populaire, notamment à travers Banque Atlantique, participent au financement des entreprises, des ménages et des activités économiques locales.

Pour ces établissements, les conséquences potentielles du rejet de la LFR concernent principalement la qualité des portefeuilles de crédit et la situation financière des entreprises clientes.

Si certains paiements publics venaient à être retardés, les entreprises sénégalaises travaillant avec l’État pourraient rencontrer des difficultés de trésorerie, susceptibles d’affecter leur capacité à rembourser leurs emprunts.

Les banques pourraient alors être amenées à renforcer leur surveillance des risques, à réexaminer certaines conditions de financement ou à accompagner les entreprises temporairement fragilisées.

L’exposition éventuelle aux titres de dette publique sénégalaise constitue un autre point d’attention. Une dégradation des conditions de financement souverain pourrait influencer les stratégies de placement et de gestion des risques des établissements concernés.

Toutefois, le rejet de la LFR ne constitue pas, en lui-même, un événement de défaut souverain et ne permet pas de conclure à une dégradation immédiate de la situation financière des banques marocaines présentes au Sénégal.

Entreprises marocaines : des conséquences variables selon les secteurs

Au-delà du secteur bancaire, les entreprises marocaines actives dans les télécommunications, les assurances, les infrastructures, l’immobilier, l’industrie et les services pourraient être concernées à des degrés différents.

Les opérateurs dont les activités dépendent directement de la commande publique seraient les plus sensibles à d’éventuels reports de projets ou retards de règlement. Les entreprises engagées dans des contrats privés pourraient, quant à elles, subir davantage les effets indirects d’un ralentissement de l’investissement et de la consommation.

Les groupes marocains présents dans les services financiers et les télécommunications disposent néanmoins d’activités diversifiées, dont les performances ne dépendent pas exclusivement du budget de l’État sénégalais.

Pour les investisseurs marocains, l’enjeu consiste donc à distinguer les risques liés à l’exécution des contrats publics des risques macroéconomiques plus généraux.

Quelles alternatives politiques et budgétaires ?

Plusieurs voies institutionnelles peuvent être envisagées après ce rejet. Le gouvernement pourrait notamment engager de nouvelles concertations avec sa majorité parlementaire et présenter un projet rectificatif remanié, accompagné de précisions sur les prévisions de recettes, les dépenses et les engagements financiers.

Une autre possibilité consisterait à poursuivre l’exécution du budget initial, tout en procédant aux ajustements administratifs et budgétaires autorisés par les textes en vigueur.

Un arbitrage politique entre l’exécutif et la majorité parlementaire pourrait également faciliter l’émergence d’un compromis sur les orientations financières contestées.

Dans tous les cas, la continuité de l’action publique dépendra autant de la disponibilité des ressources financières que de la capacité des institutions à définir un cadre budgétaire lisible.

Un enjeu de confiance pour les investissements marocains

Les relations économiques entre le Maroc et le Sénégal reposent sur une présence entrepreneuriale ancienne et diversifiée. Les groupes marocains participent au financement de l’économie sénégalaise, à la fourniture de services et au développement de plusieurs secteurs d’activité.

Dans ce contexte, une incertitude budgétaire prolongée pourrait conduire certains opérateurs à différer leurs décisions d’investissement ou à renforcer leurs exigences de garanties. À l’inverse, une clarification rapide des orientations financières contribuerait à préserver la visibilité nécessaire à la poursuite des activités.

Pour les entreprises marocaines, la prudence consiste à suivre l’évolution des finances publiques, à sécuriser les créances contractuelles et à maintenir une appréciation rigoureuse des risques sans remettre systématiquement en cause leurs perspectives de développement.

Le rejet de la LFR 2026 constitue ainsi un événement institutionnel important, mais ses conséquences économiques ne doivent pas être surestimées. La loi de finances initiale adoptée en décembre 2025 reste en vigueur et offre à l’État sénégalais un cadre légal pour poursuivre l’essentiel de ses engagements. Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité des autorités à préserver la continuité budgétaire, à maintenir la confiance des partenaires financiers et à garantir un environnement suffisamment stable pour les investisseurs, notamment marocains.

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