Au premier semestre 2026, les exportations françaises progressent simultanément de 10,2 % vers la Tunisie et de 10,3 % vers la Libye. Derrière cette quasi-parité statistique se cachent toutefois deux marchés aux profils très différents : une Tunisie profondément intégrée aux chaînes de valeur européennes et une Libye engagée dans une phase de reconstruction et de développement, avec des besoins considérables en infrastructures, énergie, eau et équipements.
La dynamique est suffisamment marquée pour retenir l’attention des entreprises françaises. Selon la Direction générale du Trésor, les ventes françaises vers la Tunisie ont augmenté de 10,2 % au premier semestre 2026 sur un an, tandis que celles destinées à la Libye ont progressé de 10,3 %. Cette évolution intervient alors que le commerce extérieur français dans son ensemble a connu une hausse de 1,8 % des exportations au premier semestre 2026, à 320,2 milliards d’euros.
Deux marchés, deux configurations économiques
La Tunisie constitue pour la France un marché historiquement structuré. Les deux pays ont enregistré 8,9 milliards d’euros d’échanges de biens en 2025, auxquels s’ajoutent environ 3 milliards d’euros de services en 2024. La France reste le premier partenaire commercial de la Tunisie et absorbe 23 % de ses exportations de biens.
Mais la relation commerciale est également marquée par une forte intégration industrielle. Les échanges sont largement intra-branches, notamment dans les chaînes de valeur manufacturières euro-méditerranéennes. La France a néanmoins vu sa part de marché tunisienne passer de 26 % au début des années 2000 à 11 % aujourd’hui, avec une concurrence accrue de l’Italie et de la Chine. En 2025, le déficit français sur les échanges de biens avec la Tunisie avait atteint 1,8 milliard d’euros, un niveau historique.
Cette configuration donne à la progression de 10,2 % du premier semestre 2026 une signification particulière : elle intervient dans une relation commerciale déjà dense, où les entreprises françaises sont présentes à la fois comme exportateurs, investisseurs et partenaires industriels.
La France demeure par ailleurs le premier investisseur étranger en Tunisie. Le stock d’investissements directs français est estimé à 2,5 milliards d’euros en 2023, tandis que les flux entrants ont atteint environ 260 millions d’euros en 2025, soit près d’un tiers des flux d’IDE entrants. Quelque 1 600 entreprises à participation française sont implantées dans le pays et représentent environ 170 000 emplois. Ces entreprises avaient encore créé 4 400 emplois en 2025.
La Tunisie : un marché industriel déjà intégré
La progression française intervient dans un environnement où l’économie tunisienne continue elle-même de développer ses échanges extérieurs. Sur les sept premiers mois de 2026, les exportations tunisiennes ont atteint 40,638 milliards de dinars, contre 36,973 milliards un an auparavant, soit une progression de 9,9 %. Les importations ont toutefois progressé davantage, de 13,7 %, à 55,596 milliards de dinars, portant le déficit commercial à 14,958 milliards de dinars.
L’industrie constitue un élément central de cette dynamique. Au cours des sept premiers mois, les exportations tunisiennes de produits mécaniques et électriques ont progressé de 10,5 %, tandis que les ventes agroalimentaires ont augmenté de 22,9 %. Les exportations énergétiques ont également fortement progressé, de 53,3 %, sous l’effet notamment de la hausse des ventes de produits raffinés.
Pour les entreprises françaises, la Tunisie présente donc un profil particulièrement lié à l’industrie, aux équipements, aux composants, aux services aux entreprises et aux chaînes de production euro-méditerranéennes.
La Libye : le marché de la reconstruction
La progression de 10,3 % des exportations françaises vers la Libye intervient dans un contexte très différent. La présence commerciale française y avait fortement reculé depuis le début du siècle et après 2011. Selon la DG Trésor, la part de marché française à l’export est passée de 6 % en 2000 à 2 % en 2025, faisant de la France le 14e fournisseur de la Libye.
La tendance s’est toutefois inversée ces dernières années. Les exportations françaises ont augmenté de 50 % entre 2024 et 2025, pour atteindre 448 millions d’euros. La DG Trésor souligne une dynamique positive depuis 2022, alors que la stabilisation progressive du pays ouvre de nouvelles perspectives commerciales.
Les besoins libyens sont particulièrement importants dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’eau et de l’assainissement, de la construction, des transports et des équipements. La présence française existe déjà dans plusieurs de ces domaines, avec notamment TotalEnergies dans le secteur énergétique, mais aussi des entreprises actives dans le transport maritime, l’eau, l’assainissement et la construction.
La dynamique de 2026 s’accompagne d’ailleurs d’une intensification du démarchage économique. En septembre, Business France a accompagné une délégation de 17 entreprises françaises dans l’Est libyen. Un forum franco-libyen organisé à Syrte a réuni ces entreprises autour notamment de l’électricité, des infrastructures et de l’eau.
Des opportunités importantes, mais des risques différents
La comparaison entre les deux pays montre que le même taux de croissance des exportations ne signifie pas la même chose pour les entreprises.
En Tunisie, l’enjeu est davantage celui de la consolidation d’une relation industrielle existante. Les entreprises françaises disposent d’un écosystème déjà implanté, d’une proximité géographique et culturelle, d’une forte présence industrielle et de chaînes d’approvisionnement intégrées à l’Europe.
En Libye, l’enjeu relève davantage de la conquête et de la reconstruction du marché. Les besoins en infrastructures et en équipements sont importants, mais la DG Trésor souligne également la complexité de l’environnement des affaires et les risques auxquels peuvent être exposées les entreprises et les banques européennes. Elle recommande, de fait, un accompagnement et une approche spécifique du marché.
Cette différence explique aussi l’intérêt croissant pour les mécanismes de financement du commerce, les partenariats locaux, les implantations et les projets structurants. Le forum d’affaires franco-libyen de 2026 a ainsi consacré des échanges au financement du commerce, à l’implantation de filiales et aux possibilités offertes par les zones franches, notamment celle de Misrata.
Un signal pour les PME et ETI françaises
Pour les PME et ETI françaises, les chiffres du premier semestre 2026 constituent surtout un signal de diversification géographique. La Tunisie offre un environnement industriel mature et fortement connecté aux chaînes de valeur européennes ; la Libye présente, de son côté, des besoins liés à la reconstruction, aux infrastructures et à la modernisation des équipements.
La progression simultanée des exportations françaises vers les deux pays — +10,2 % en Tunisie et +10,3 % en Libye — ne traduit donc pas une situation économique identique. Elle montre plutôt que les entreprises françaises peuvent trouver, dans deux marchés voisins, deux modèles de développement commercial distincts : l’intégration industrielle en Tunisie et les projets de développement en Libye.
À l’échelle régionale, cette évolution confirme également l’intérêt du marché nord-africain pour les exportateurs français. Dans un environnement commercial mondial marqué par la volatilité des coûts, les tensions géopolitiques et l’évolution des chaînes d’approvisionnement, la proximité méditerranéenne conserve un rôle important dans les stratégies d’internationalisation des entreprises.
L’année 2026 apparaît ainsi comme une nouvelle étape dans la reprise des échanges commerciaux français avec la Tunisie et la Libye, avec des perspectives qui restent néanmoins étroitement liées aux conditions économiques, industrielles et, dans le cas libyen, à l’évolution de l’environnement des affaires.

