La filière sucrière sénégalaise traverse une période de fortes tensions. La Compagnie Sucrière Sénégalaise (CSS), premier producteur national de sucre, a lancé un appel aux autorités afin de mieux encadrer les importations durant la période d’intercampagne. Selon l’intersyndicale des travailleurs, une ouverture excessive du marché risque de fragiliser durablement l’industrie nationale, de déséquilibrer le marché et de compromettre les investissements réalisés ces dernières années.
Réunis à Richard-Toll au début du mois de juillet, les représentants des travailleurs ont estimé que plus de 7 500 emplois directs et indirects pourraient être menacés si les volumes de sucre importé dépassaient les besoins réels du marché national. La CSS constitue aujourd’hui l’un des principaux employeurs industriels du nord du Sénégal et joue un rôle économique majeur dans la région de Saint-Louis, tant pour l’agriculture que pour les activités industrielles, logistiques et de transport.
Les responsables syndicaux rappellent que la campagne sucrière 2025-2026 s’est achevée sur une production record supérieure à 140 000 tonnes de sucre, résultat des importants investissements consentis dans la modernisation des unités industrielles, la mécanisation des exploitations agricoles et l’amélioration des rendements agricoles. Ces performances démontrent, selon eux, que la production nationale est désormais capable de couvrir une part significative de la consommation du pays.
La CSS souligne que l’ouverture anticipée des importations en 2025 avait déjà provoqué une saturation du marché intérieur, ralentissant l’écoulement du sucre produit localement. Cette situation avait affecté la trésorerie de l’entreprise, retardé le recrutement des travailleurs saisonniers et pesé sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Les industriels souhaitent éviter qu’un scénario similaire ne se reproduise au cours de l’année 2026.
Pour la période d’intercampagne, prévue entre septembre et novembre 2026, les représentants des travailleurs recommandent de limiter les importations à un plafond d’environ 60 000 tonnes, volume qu’ils jugent suffisant pour couvrir les besoins du marché sans compromettre les capacités d’écoulement de la production nationale. Ils estiment que les stocks actuellement disponibles permettent déjà de satisfaire la demande, y compris durant les périodes de forte consommation liées aux fêtes religieuses.
Au-delà de la seule question commerciale, le dossier illustre les défis de la politique industrielle sénégalaise. La protection des filières stratégiques, la souveraineté alimentaire, la sécurisation des emplois industriels et l’amélioration de la compétitivité des entreprises locales figurent désormais parmi les priorités des pouvoirs publics. Dans un contexte marqué par la volatilité des marchés agricoles mondiaux et l’augmentation des coûts de production, les acteurs du secteur plaident pour une régulation équilibrée conciliant ouverture commerciale et soutien durable à l’industrie nationale.
La filière sucrière demeure l’un des piliers de l’agro-industrie sénégalaise. En protégeant ses capacités de production et ses milliers d’emplois, le Sénégal entend renforcer sa sécurité alimentaire, limiter sa dépendance aux importations et consolider une industrie capable d’accompagner durablement la croissance économique nationale.

