Au 17 août 2026, le prix du carburant reste l’un des meilleurs indicateurs des différences de politiques énergétiques, de fiscalité et de subvention en Afrique. Entre la Libye, où le litre d’essence reste exceptionnellement bas, et le Sénégal, qui vient de relever son super à 990 FCFA, soit environ 16,07 DH, l’écart est considérable. Au Maroc, le marché connaît également une nouvelle évolution : depuis la nuit du 16 au 17 août, le gasoil a augmenté de 0,65 DH tandis que l’essence super a reculé de 0,30 DH, portant les prix indicatifs autour de 14,90 DH pour le diesel et 14,93 DH pour l’essence.
La comparaison africaine des prix à la pompe doit toutefois être effectuée avec prudence. Tous les pays ne publient pas quotidiennement leurs tarifs et les mécanismes de fixation diffèrent fortement : prix administrés, subventions publiques, indexation mensuelle, révision hebdomadaire ou marché plus libéralisé. Pour établir une comparaison homogène, les données internationales de GlobalPetrolPrices arrêtées au 10 août 2026 constituent la dernière photographie panafricaine comparable disponible, tandis que les dernières modifications officiellement annoncées au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Maroc sont intégrées lorsqu’elles sont plus récentes. GlobalPetrolPrices précise que ses données couvrent les prix de détail à la pompe, taxes et prélèvements compris, avec des mises à jour hebdomadaires pour certains marchés et mensuelles pour les marchés réglementés.
Du pétrole subventionné à la libéralisation : deux Afriques énergétiques
Le premier constat est spectaculaire : la géographie pétrolière explique une partie majeure des écarts de prix. En utilisant un taux de référence d’environ 1 dollar = 9,39 DH pour convertir les données internationales en dirhams marocains, le litre d’essence ressortait autour de 0,23 DH en Libye, 3,07 DH en Angola, 3,32 DH en Algérie et 4,49 DH en Égypte dans le relevé panafricain du 10 août. Ces niveaux sont très inférieurs à ceux observés dans les économies fortement importatrices de produits raffinés.
La Libye demeure un cas extrême. Le prix de l’essence y était donné à seulement 0,024 dollar, soit environ 0,23 DH par litre, tandis que le diesel se situait au même niveau. Cette situation est directement liée au caractère exceptionnellement subventionné du marché libyen et à l’importance des ressources pétrolières nationales. À l’autre extrémité, l’Afrique australe et plusieurs économies importatrices affichent des niveaux beaucoup plus élevés.
L’Algérie illustre également le rôle déterminant de la production nationale et des subventions. Avec environ 3,32 DH pour l’essence et 2,19 DH pour le diesel dans le relevé comparable du 10 août, le pays reste très éloigné des niveaux observés au Maroc ou au Sénégal. L’Égypte se situe également dans le groupe des marchés à bas prix, avec environ 4,49 DH pour l’essence et 3,84 DH pour le diesel.
Le Soudan et la Tunisie restent eux aussi nettement en dessous des niveaux enregistrés dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Le litre d’essence ressortait autour de 6,57 DH au Soudan et 8,09 DH en Tunisie, tandis que le diesel s’établissait respectivement à environ 6,16 DH et 7,07 DH.
Le Nigeria constitue un cas particulièrement intéressant. Malgré son statut de premier producteur de pétrole d’Afrique, le pays n’affiche plus les prix extrêmement bas historiquement associés aux grands producteurs. Le relevé du 10 août situait l’essence autour de 8,28 DH le litre et le diesel autour de 10,59 DH. La réforme du marché pétrolier nigérian, la suppression progressive des subventions et les fluctuations du naira ont profondément transformé la structure des prix.
Le Niger se situait à un niveau proche pour l’essence, autour de 8,24 DH, mais avec un diesel nettement plus cher, à environ 10,20 DH. Le Gabon affichait pour sa part environ 9,84 DH pour l’essence et 11,22 DH pour le diesel.
La situation devient radicalement différente lorsqu’on arrive dans les grands marchés d’Afrique de l’Ouest. Le Ghana, par exemple, affichait dans le relevé international du 10 août un niveau d’environ 14,28 DH pour l’essence et 15,23 DH pour le diesel. Le pays fonctionne avec un mécanisme beaucoup plus sensible aux variations internationales et aux mouvements de change. Les données nationales avaient déjà montré une essence à 16,31 cédis le litre fin juillet, soit environ 1,40 dollar à cette date.
La Côte d’Ivoire constitue un autre cas révélateur. Le gouvernement a porté, pour le mois d’août, le prix maximum du super sans plomb à 905 FCFA, contre 875 FCFA en juillet, soit une hausse de 30 FCFA. Le gasoil est passé de 700 à 725 FCFA, soit +25 FCFA. Convertis en dirhams, ces montants représentent environ 14,69 DH pour l’essence et 11,77 DH pour le diesel. Cette hausse résulte du mécanisme automatique de fixation des prix qui tient compte de l’évolution des cours internationaux.
Le Sénégal a franchi un nouveau palier le 15 août 2026. Le supercarburant est passé de 920 à 990 FCFA, soit une progression de 70 FCFA ou 7,6%, tandis que le gasoil a progressé de 680 à 755 FCFA, soit +75 FCFA ou 11%. Convertis au taux d’environ 1 euro pour 655,957 FCFA et 1 euro pour 10,648 DH, ces tarifs correspondent à environ 16,07 DH pour le super et 12,26 DH pour le gasoil.
Cette nouvelle hausse place le Sénégal parmi les marchés africains où le carburant est le plus cher. Elle intervient dans un contexte de forte volatilité internationale du pétrole. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont récemment contribué à pousser le Brent vers 89,42 dollars le baril le 17 août, après une hausse hebdomadaire d’environ 6%. Cette pression sur le brut se transmet progressivement aux produits raffinés et donc aux prix à la pompe dans les pays importateurs.
Le Maroc connaît lui aussi une période particulièrement mouvementée. Après plusieurs révisions successives depuis juillet, les distributeurs ont appliqué une nouvelle modification dans la nuit du 16 au 17 août. Le prix du gasoil a augmenté de 0,65 DH par litre, tandis que l’essence super a diminué de 0,30 DH. Les prix indicatifs se situent désormais autour de 14,90 DH pour le gasoil et 14,93 DH pour l’essence, avec des différences possibles selon les enseignes et les régions.
Cette évolution est particulièrement intéressante parce qu’elle montre que le marché marocain est fortement exposé au coût international des produits raffinés. Début août, le gasoil avait déjà augmenté d’environ 1 DH, atteignant près de 14,30 DH, tandis que le super avait progressé jusqu’à environ 15,24 DH.
Le Maroc reste ainsi beaucoup plus proche des marchés européens et des économies africaines importatrices que des grands producteurs subventionnant fortement leurs carburants. Le poids de la TIC, de la TVA et des coûts d’importation joue un rôle important dans le prix final. Au Maroc, la TIC est notamment indiquée à 2,422 DH par litre pour le gasoil et 3,764 DH pour l’essence, tandis que la TVA de 10% s’applique au coût d’achat déclaré par l’importateur.
L’Afrique du Sud se situe également dans le haut du classement. Le relevé de GlobalPetrolPrices donnait au 27 juillet environ 25,67 rands, soit près de 14,44 DH, pour l’essence et 27,50 rands, soit environ 15,51 DH, pour le diesel. Le système sud-africain ajuste régulièrement les prix en fonction des cours internationaux, du taux de change et des prélèvements réglementaires.
Le Kenya évolue lui aussi à un niveau élevé. Lors du cycle allant du 15 juillet au 14 août, le régulateur EPRA avait maintenu à Nairobi le super à 214,03 shillings et le diesel à 222,86 shillings, taxes comprises. Ces niveaux placent le Kenya dans le groupe des marchés où le carburant pèse fortement sur les coûts de transport et de logistique.
Comparaison des prix à la pompe — conversion en dirhams marocains
| Pays | Essence / Super | Gasoil / Diesel | Base de comparaison |
|---|---|---|---|
| Libye | ≈ 0,23 DH | ≈ 0,23 DH | 10 août |
| Angola | ≈ 3,07 DH | ≈ 4,30 DH | 10 août |
| Algérie | ≈ 3,32 DH | ≈ 2,19 DH | 10 août |
| Égypte | ≈ 4,49 DH | ≈ 3,84 DH | 10 août |
| Soudan | ≈ 6,57 DH | ≈ 6,16 DH | 10 août |
| Tunisie | ≈ 8,09 DH | ≈ 7,07 DH | 10 août |
| Nigeria | ≈ 8,28 DH | ≈ 10,59 DH | 10 août |
| Niger | ≈ 8,24 DH | ≈ 10,20 DH | 10 août |
| Gabon | ≈ 9,84 DH | ≈ 11,22 DH | 10 août |
| Mali | ≈ 14,38 DH | ≈ 15,43 DH | 10 août |
| Ghana | ≈ 14,28 DH | ≈ 15,23 DH | 10 août |
| Côte d’Ivoire | ≈ 14,69 DH | ≈ 11,77 DH | Août 2026 |
| Afrique du Sud | ≈ 14,44 DH | ≈ 15,51 DH | 10 août / dernier relevé |
| Sénégal | ≈ 16,07 DH | ≈ 12,26 DH | 15 août 2026 |
| Maroc | ≈ 14,93 DH | ≈ 14,90 DH | 17 août 2026 |
| Kenya | ≈ 15,35 DH | ≈ 16,73 DH | dernier cycle disponible |
Les conversions internationales sont calculées à partir d’un dollar autour de 9,39 DH le 17 août 2026. Pour les pays de la zone CFA, la conversion utilise la parité fixe de 655,957 FCFA pour 1 euro et un euro autour de 10,648 DH. Les chiffres doivent être lus comme des équivalents en dirhams et non comme les prix effectivement payés en monnaie locale.
Cette comparaison permet de dégager trois grands modèles africains. Le premier est celui des producteurs pétroliers fortement subventionnés, représenté par la Libye, l’Algérie, l’Angola et, dans une moindre mesure, l’Égypte. Ces pays utilisent leurs ressources énergétiques pour maintenir des prix domestiques très inférieurs aux cours internationaux.
Le deuxième modèle est celui des économies qui cherchent à réduire les subventions et à rapprocher progressivement les prix domestiques des réalités internationales. Le Nigeria appartient clairement à cette catégorie. La réforme nigériane a entraîné une augmentation considérable du prix des carburants par rapport à la période des subventions massives.
Le troisième modèle est celui des pays importateurs, pour lesquels le coût du pétrole brut, des produits raffinés, du transport maritime, du raffinage, de la fiscalité et du taux de change se répercute directement sur les automobilistes. Le Sénégal, le Maroc, le Kenya, le Ghana, le Mali et plusieurs autres économies d’Afrique subsaharienne appartiennent largement à cette catégorie.
La fiscalité constitue d’ailleurs l’une des grandes clés de lecture de cette comparaison. Dans plusieurs pays, le carburant constitue une source importante de recettes publiques à travers les taxes spécifiques, droits d’accise, TVA et autres prélèvements. La baisse du prix à la pompe peut donc avoir un coût budgétaire élevé pour l’État.
À l’inverse, une hausse du carburant se transmet rapidement à l’ensemble de l’économie. Le transport routier représente une composante essentielle du coût des marchandises en Afrique. Une augmentation de 50, 70 ou 100 FCFA par litre peut donc affecter les coûts de transport, la distribution alimentaire, l’agriculture, l’industrie, la logistique et, finalement, l’inflation.
Le cas du Sénégal est particulièrement révélateur : la hausse de 70 FCFA sur l’essence et de 75 FCFA sur le gasoil intervient alors que le pays cherche simultanément à maîtriser ses finances publiques et à réduire le coût des subventions. Le prix du carburant devient ainsi un instrument à la fois économique, budgétaire et social.
Pour le Maroc, la situation est différente mais tout aussi stratégique. Le pays ne dispose pas de la même rente pétrolière que l’Algérie, la Libye ou le Nigeria. Il doit donc absorber les fluctuations des marchés internationaux tout en protégeant le pouvoir d’achat et la compétitivité des entreprises. La hausse du gasoil est particulièrement sensible pour le transport routier, l’agriculture, la pêche, la construction et l’industrie.
Au-delà du prix affiché à la pompe, la véritable bataille africaine concerne donc le coût énergétique de la compétitivité. Un pays qui vend son carburant 3 DH ou 5 DH le litre bénéficie d’un avantage considérable pour certains secteurs industriels et logistiques, mais supporte parallèlement un coût budgétaire lorsque ces prix sont artificiellement subventionnés.
À l’inverse, les pays où le carburant dépasse 14 ou 15 DH par litre doivent compenser ce handicap par une meilleure efficacité logistique, des infrastructures plus performantes, des transports collectifs plus développés et une industrie moins dépendante du diesel.
Le classement du 17 août 2026 montre ainsi que le prix à la pompe n’est pas seulement une question énergétique : c’est un indicateur de souveraineté, de fiscalité, de politique sociale, de compétitivité industrielle et de santé des finances publiques.

