L’ouverture de l’usine de Rosslyn marque un tournant pour Chery en Afrique du Sud : le constructeur chinois passe du statut d’importateur à celui de producteur local. À travers cette implantation, Chery entend transformer l’Afrique du Sud en plateforme industrielle, commerciale et potentiellement exportatrice pour ses activités automobiles sur le continent.
Le groupe chinois a officiellement inauguré en juillet 2026 son usine de Rosslyn, près de Pretoria, après avoir acquis le site précédemment exploité par Nissan. La production commerciale doit commencer à partir de mi-2027, avec une montée en puissance prévue vers 50 000 véhicules par an. Durant la phase initiale, la production devrait atteindre environ 15 000 unités en 2027. Chery a également annoncé son intention de conserver les 692 salariés de l’ancienne usine et de contribuer à la création d’environ 3 000 emplois supplémentaires à travers la production, la chaîne d’approvisionnement et les services.
Le projet s’inscrit dans une transformation rapide du marché automobile africain. Les constructeurs chinois, longtemps présents essentiellement par l’importation de véhicules, commencent désormais à investir dans des capacités locales. Chery entend produire à Rosslyn des véhicules thermiques mais aussi des modèles électrifiés, notamment hybrides rechargeables et véhicules électriques. L’entreprise prévoit également de développer progressivement une base de fournisseurs locaux, avec un objectif initial de 40 % de contenu local, tout en faisant appel à certains fournisseurs chinois pour les composants technologiques et électriques.
L’enjeu dépasse donc le marché sud-africain. Grâce à ses infrastructures industrielles, à son expérience automobile et à son accès aux marchés régionaux, l’Afrique du Sud peut servir de plateforme pour développer des chaînes de valeur automobiles destinées à l’ensemble du continent. La stratégie de Chery traduit aussi une nouvelle phase de la mondialisation automobile chinoise : au lieu d’exporter systématiquement depuis la Chine, les constructeurs cherchent à produire au plus près des consommateurs et à contourner certaines barrières commerciales. La compétition avec Toyota, Ford, Isuzu et les autres constructeurs déjà implantés devrait donc s’intensifier. Pour l’Afrique du Sud, cette concurrence peut devenir un accélérateur de localisation, de transfert de compétences et de développement des véhicules électriques, à condition que les investissements s’accompagnent d’une véritable montée en puissance des fournisseurs locaux.

