Les industriels africains dressent un constat sans ambiguïté : l’avenir du secteur manufacturier ne dépend plus uniquement de la disponibilité de matières premières ou du coût de la main-d’œuvre. Électricité, financement, infrastructures logistiques, réglementation et intégration régionale deviennent les déterminants essentiels de la compétitivité industrielle du continent.
Les conclusions de l’Industry Pulse Survey de la Pan-African Manufacturers Association (PAMA) mettent en évidence les principales difficultés rencontrées par les entreprises manufacturières africaines. L’enquête, menée auprès de plus de 100 industriels au Nigeria et dans plusieurs autres pays africains, souligne la persistance de trois contraintes majeures : l’énergie, le financement et la logistique. Malgré ces difficultés, les industriels affichent un certain optimisme concernant leurs perspectives et constatent une amélioration progressive de leur efficacité opérationnelle et de leur résilience.
Le problème énergétique demeure particulièrement critique. Pour une usine, les interruptions d’électricité ne représentent pas seulement une contrainte technique : elles provoquent des arrêts de production, augmentent les coûts, réduisent la durée de vie des équipements et rendent les entreprises moins compétitives à l’export. À cela s’ajoute le coût élevé du crédit, qui limite la capacité des industriels à moderniser leurs équipements, automatiser leurs lignes ou investir dans de nouvelles capacités. La logistique constitue le troisième grand obstacle, notamment lorsque les infrastructures routières, ferroviaires et portuaires ne permettent pas de déplacer les marchandises rapidement et à des coûts compétitifs.
Le défi est désormais continental. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre un potentiel considérable pour créer des marchés régionaux suffisamment importants pour permettre aux industriels d’atteindre des économies d’échelle. Mais cette opportunité reste freinée par les retards douaniers, les déficits d’infrastructures et les divergences réglementaires entre pays. À ces contraintes s’ajoutent désormais les nouvelles exigences environnementales des grands marchés internationaux, notamment européens. L’industrie africaine doit donc simultanément produire davantage, réduire ses coûts, améliorer sa qualité, décarboner ses processus et respecter de nouvelles normes environnementales. La réponse ne peut plus être une simple politique de soutien aux entreprises : elle doit prendre la forme d’un véritable pacte africain de compétitivité industrielle, associant énergie fiable, financement abordable, infrastructures performantes, formation, intégration régionale et accès aux marchés mondiaux.

