L’annonce du groupe Dangote de construire une méga-raffinerie de 700.000 barils par jour à Lamu pourrait changer la trajectoire du plus ambitieux projet d’infrastructures d’Afrique de l’Est. En offrant un premier grand ancrage industriel au port de Lamu, ce projet relance les ambitions du Kenya de faire du corridor LAPSSET un hub régional de commerce, d’énergie et de logistique reliant l’Éthiopie, le Soudan du Sud et les marchés de l’océan Indien.
Longtemps considéré comme un projet aux avancées irrégulières, le corridor Lamu Port-South Sudan-Ethiopia Transport (LAPSSET) pourrait bénéficier d’un puissant accélérateur. Le choix de Dangote Industries d’implanter sa future raffinerie en eaux profondes à Lamu constitue une opportunité majeure pour redonner de la crédibilité économique à cette infrastructure stratégique lancée dans le cadre de la Vision 2030 du Kenya.
Prévue pour traiter jusqu’à 700.000 barils de pétrole par jour, l’installation deviendrait la plus importante raffinerie d’Afrique de l’Est. Le projet devrait alimenter en carburants raffinés le Kenya ainsi que plusieurs pays voisins, notamment l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Soudan du Sud, la Tanzanie, l’Éthiopie et la République démocratique du Congo, réduisant ainsi la dépendance régionale aux importations de produits pétroliers.
Pour Nairobi, l’enjeu dépasse largement le secteur énergétique. La raffinerie offrirait enfin au port de Lamu une activité industrielle capable de générer des volumes importants de fret, renforçant l’attractivité des infrastructures portuaires, ferroviaires et routières prévues dans le cadre du corridor LAPSSET. Jusqu’à présent, plusieurs composantes du projet peinaient à attirer les investissements nécessaires faute d’un moteur économique suffisamment solide.
Le gouvernement kényan voit également dans cette initiative une occasion d’accélérer l’intégration économique de l’Afrique de l’Est. En connectant Lamu aux pays enclavés de la région, le corridor LAPSSET ambitionne de devenir une alternative stratégique au port de Mombasa et de fluidifier les échanges commerciaux avec l’Éthiopie et le Soudan du Sud, deux marchés à fort potentiel.
L’arrivée de Dangote s’inscrit dans une stratégie continentale plus large. Après la montée en puissance de sa raffinerie de Lekki, au Nigeria, le groupe cherche à étendre son empreinte dans le raffinage africain afin de répondre à une demande croissante en carburants et de renforcer l’autonomie énergétique du continent. Le futur complexe kényan devrait compléter ce dispositif en couvrant les besoins de l’Afrique orientale. Si le projet se concrétise selon le calendrier annoncé, il pourrait transformer durablement la géographie économique de l’Afrique de l’Est.
Au-delà de la production de carburants, la raffinerie constituerait un catalyseur pour les investissements industriels, les infrastructures logistiques et les services portuaires, tout en confortant la position du Kenya comme porte d’entrée énergétique et commerciale de la région.

