La FENAGRI et Messe Düsseldorf ont officiellement posé, à Rabat, la première pierre d’un événement appelé à devenir un rendez-vous majeur de l’agro-industrie marocaine et africaine. Prévu au second semestre 2027, Morocco Food World ambitionne de connecter l’industrie marocaine aux marchés internationaux, d’attirer davantage d’investissements et de faire du Royaume une plateforme agro-industrielle de référence entre l’Europe, l’Afrique et les marchés mondiaux.
Ce n’est pas simplement un nouveau salon professionnel qui vient d’être annoncé à Rabat. La signature du partenariat entre la Fédération Nationale de l’Agroalimentaire (FENAGRI) et Messe Düsseldorf traduit une ambition beaucoup plus large : donner à l’industrie agroalimentaire marocaine une vitrine internationale à la hauteur de son potentiel et accélérer son intégration dans les chaînes de valeur mondiales.
Autour d’Abdelmounim El Eulj, président de la FENAGRI, d’Omar Hjira, secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, de Mehdi Tazi, président de la CGEM, de Ghita El Ghorfi, directrice générale de Morocco Foodex, et de Bernd Jablonowski, Executive Director de Messe Düsseldorf, la conférence de presse a permis de dessiner les contours de cette nouvelle plateforme.
Pour la FENAGRI, l’objectif est clair : « contribuer au rayonnement de l’industrie marocaine au niveau national et international ». Morocco Food World doit ainsi être, dès sa première édition, un événement de référence, une plateforme fédératrice, un outil de dynamisation du secteur et surtout une passerelle vers de nouveaux marchés.
Une industrie stratégique pour l’économie marocaine
L’enjeu est à la mesure du poids de l’agro-industrie dans l’économie nationale. Le secteur représente environ 22 % de l’industrie, mobilise près de 206 000 emplois directs et constitue le troisième secteur exportateur du Royaume, derrière les phosphates et l’automobile.
Les exportations agroalimentaires ont fortement progressé, passant d’environ 45 milliards de dirhams à près de 85 milliards en 2025. Le Maroc dispose également d’atouts industriels considérables, notamment dans les produits de la mer, les conserves, les fruits et légumes, les produits transformés et les industries liées à l’emballage.
Ghita El Ghorfi a rappelé, à cet égard, la position particulière du Royaume dans le commerce alimentaire mondial, notamment son statut de premier exportateur mondial de sardines. Elle a également insisté sur les dispositifs mis en place pour accompagner les primo-exportateurs et permettre à davantage d’entreprises marocaines de franchir le cap de l’internationalisation.
Pour les acteurs du secteur, le défi n’est donc plus seulement de produire davantage. Il consiste désormais à produire mieux, transformer davantage, monter en gamme et exporter plus de valeur marocaine.
De nouveaux marchés pour l’industrie marocaine
L’intervention d’Omar Hjira a inscrit Morocco Food World dans les orientations stratégiques du Royaume en matière de commerce extérieur.
Le secrétaire d’État a souligné que l’événement est pleinement aligné sur la feuille de route du commerce extérieur et sur l’objectif de diversification des débouchés. Le contrat-programme avec la FENAGRI prévoit notamment une accélération du chiffre d’affaires à l’export, avec une ouverture renforcée vers des marchés tels que les États-Unis, le Canada, le Nigeria, le Ghana ou encore l’Angola.
Cette stratégie doit également s’étendre vers de nouveaux marchés asiatiques, notamment l’Inde et l’Indonésie, où la demande alimentaire et les opportunités commerciales connaissent une dynamique croissante.
L’accord conclu avec l’Indonésie dans le domaine du halal constitue, à ce titre, un levier supplémentaire pour faciliter l’accès des produits marocains à de nouveaux consommateurs et renforcer la confiance entre les opérateurs privés des deux pays.
La labellisation, la qualité, la conformité aux normes internationales et la capacité à établir des relations directes avec les donneurs d’ordre deviennent ainsi des instruments essentiels de conquête commerciale.
La souveraineté productive comme nouvelle priorité
Pour Mehdi Tazi, président de la CGEM, Morocco Food World porte l’image d’un Maroc plus ouvert et plus compétitif.
Le patronat marocain voit dans cette initiative une réponse à plusieurs priorités : renforcer la production nationale, développer la transformation locale, sécuriser les approvisionnements, créer davantage de valeur ajoutée et accélérer l’intégration industrielle.
La souveraineté productive ne signifie pas seulement produire localement. Elle suppose également de disposer d’entreprises capables de monter en gamme, d’innover, d’exporter et de prendre position sur les marchés régionaux et internationaux.
La durabilité et la décarbonation constituent désormais une autre dimension de cette compétitivité. Pour la CGEM, elles ne peuvent plus être considérées comme périphériques : elles deviennent progressivement des conditions d’accès aux marchés et de performance industrielle.
Le défi concerne également les PME. Le changement d’échelle de l’économie marocaine ne pourra être durable que si davantage de petites et moyennes entreprises parviennent à grandir, à investir et à accéder à l’international. Dans cette dynamique, les fédérations professionnelles ont un rôle déterminant à jouer pour structurer les filières et accompagner les entreprises.
Messe Düsseldorf apporte une dimension mondiale
L’arrivée de Messe Düsseldorf donne à Morocco Food World une dimension internationale supplémentaire.
Forte de 75 années d’expérience et d’un réseau mondial de salons professionnels, l’institution allemande apporte au projet son savoir-faire dans la mise en relation des industriels, acheteurs, investisseurs, fournisseurs de technologies et décideurs.
Bernd Jablonowski a salué la maturité du marché marocain ainsi que le dynamisme de la production industrielle et agro-industrielle du Royaume. Son message a été particulièrement clair : la signature conclue à Rabat ne constitue pas un aboutissement, mais le début d’une collaboration appelée à s’inscrire dans la durée.
Cette alliance entre l’expertise sectorielle de la FENAGRI et la puissance internationale du réseau Messe Düsseldorf pourrait permettre au Maroc de franchir un nouveau cap dans l’organisation de son écosystème agro-industriel.
Un salon, mais surtout une plateforme d’affaires
Morocco Food World devra réunir l’ensemble de la chaîne de valeur : industriels agroalimentaires, fournisseurs de technologies, équipements de transformation, emballage, ingrédients, services, investisseurs, distributeurs et acheteurs internationaux.
L’objectif sera de multiplier les rencontres B2B, favoriser les partenariats industriels et commerciaux, faciliter les transferts de technologies et attirer de nouveaux investissements.
L’ambition dépasse donc largement la logique d’exposition. Le futur salon doit devenir une plateforme d’affaires, d’investissement, d’innovation et d’intelligence de marché.
C’est précisément cette dimension qui pourrait faire la différence. Dans un environnement international marqué par la recomposition des chaînes d’approvisionnement, la sécurisation alimentaire et la recherche de nouveaux fournisseurs, le Maroc dispose d’une position géographique et industrielle particulièrement favorable.
Entre l’Europe, l’Afrique, le monde arabe et les marchés émergents, le Royaume peut progressivement s’imposer comme une base de production, de transformation et d’exportation agroalimentaire.
2027, le rendez-vous du changement d’échelle
Prévu au second semestre 2027, Morocco Food World aura donc une responsabilité particulière : démontrer dès sa première édition que le Maroc est capable de construire un événement international à la hauteur de ses ambitions industrielles.
La FENAGRI et Messe Düsseldorf ont posé la première pierre. Les pouvoirs publics, la CGEM, Morocco Foodex, les fédérations professionnelles, les industriels et les investisseurs devront désormais transformer cette ambition en résultats concrets.
Car derrière le salon se joue une question plus fondamentale : comment faire de la puissance agricole et alimentaire du Maroc une véritable puissance industrielle et exportatrice ?
Morocco Food World entend apporter une partie de la réponse, en rapprochant les entreprises marocaines des marchés, des technologies, des capitaux et des donneurs d’ordre internationaux.
La première édition sera ainsi bien plus qu’un événement professionnel. Elle constituera un test grandeur nature de la capacité du Maroc à fédérer son écosystème agro-industriel et à accélérer son passage vers une nouvelle génération de compétitivité.

