Au Sénégal, le programme « Un étudiant, un ordinateur » est désormais au cœur d’une enquête parlementaire destinée à reconstituer son financement, ses marchés, ses livraisons et ses mécanismes de contrôle. Les premières auditions font apparaître plusieurs anomalies qui devront être vérifiées et documentées avant toute conclusion sur d’éventuelles responsabilités.
Lancé pour réduire la fracture numérique dans l’enseignement supérieur, le programme représente, selon les éléments présentés lors des auditions, 48 milliards de FCFA d’engagements cumulés depuis 2017. La commission parlementaire s’intéresse notamment à la gouvernance du dispositif, à ses comptes bancaires, aux flux financiers, aux fonds de garantie et aux conditions de passation et d’exécution des marchés.
Le dossier prend une dimension particulière avec les marchés conclus en 2025 pour 25 000 ordinateurs, dont 20 000 auprès de Computerland et 5 000 auprès de Compusys International. Selon les témoignages rapportés devant la commission, les contrats représentaient environ 5,5 milliards de FCFA hors taxes. L’ARCOP a par ailleurs été saisie en septembre 2025 après que des responsables ont déclaré ne pas disposer des documents contractuels correspondants.
Le dossier des 2 000 ordinateurs concentre désormais les interrogations
Les auditions du 6 octobre ont fait émerger un autre élément particulièrement sensible : un bon de livraison portant sur 2 000 ordinateurs attribués à Oumou Group. Des agents de « Sama PC » ont affirmé devant les députés que ces machines n’avaient jamais été réceptionnées. L’un d’eux a déclaré avoir signé le document après avoir reçu des instructions de son supérieur et indiqué disposer d’un enregistrement ainsi que d’une vidéo qu’il entend transmettre à la commission.
D’autres anomalies ont également été évoquées, notamment la présence de plus de 800 ordinateurs payés et livrés mais déclarés défectueux. Ces éléments soulèvent des questions sur les procédures de réception, le contrôle de conformité, le suivi des stocks et le service après-vente.
Au-delà des chiffres et des témoignages, l’enjeu central de l’enquête est donc de reconstituer toute la chaîne de la dépense publique : expression du besoin, procédure de marché, contractualisation, paiement, livraison, réception, contrôle technique, distribution aux étudiants et suivi des équipements. La commission a explicitement indiqué qu’elle entendait travailler de manière impartiale, contradictoire et documentée, sans présumer des responsabilités.
Le dossier illustre ainsi les exigences auxquelles doivent répondre les grands programmes publics : traçabilité financière, contrôle des marchés, séparation claire des responsabilités et vérification physique des prestations. Pour l’heure, les auditions établissent des déclarations et des points de contradiction qui doivent encore être confrontés aux documents officiels. C’est précisément ce travail de rapprochement entre pièces, témoignages et procédures qui permettra à la commission de déterminer ce qui s’est réellement passé et, le cas échéant, les responsabilités qui pourraient en découler.

