Le Maroc ouvre la voie à une filière africaine des batteries électriques

L’Afrique s’apprête à franchir une étape décisive dans son industrialisation. Avec le projet de gigafactory de batteries porté par le chinois Gotion High-Tech à Kénitra, le Maroc accueillera la première usine intégrée de fabrication de batteries pour véhicules électriques du continent. Au-delà de son impact national, cette infrastructure pourrait repositionner l’Afrique dans une industrie jusqu’ici dominée par l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord.  

Soutenu par un prêt de 100 millions d’euros de la Banque africaine de développement (BAD), qui prévoit également de mobiliser jusqu’à 141 millions d’euros supplémentaires, le projet représente un investissement stratégique pour l’industrialisation verte du continent. Dans sa première phase, l’usine produira 10 GWh de cellules et de packs de batteries lithium-fer-phosphate (LFP), avant une montée en puissance progressive jusqu’à 100 GWh.

Mais l’enjeu dépasse largement les frontières marocaines. L’Afrique concentre une part importante des minerais critiques indispensables à la transition énergétique mondiale, notamment le cobalt, le manganèse, le phosphate ou encore le cuivre. Jusqu’à présent, ces ressources étaient majoritairement exportées à l’état brut avant d’être transformées ailleurs. Avec cette usine, une partie de la valeur ajoutée pourrait désormais être créée sur le continent, ouvrant la voie à une industrialisation plus intégrée.

Le projet s’inscrit également dans une dynamique plus large de relocalisation des chaînes de valeur mondiales. Alors que les constructeurs automobiles cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en batteries et à rapprocher leurs sites de production du marché européen, le Maroc bénéficie d’atouts majeurs : une industrie automobile déjà mature, un accès privilégié au marché européen grâce à ses accords commerciaux, ainsi qu’une plateforme logistique performante autour du port de Tanger Med. Environ 85 % de la production de la future usine devrait être destinée à l’Europe, où la demande en batteries devrait fortement progresser avec l’accélération de l’électrification des véhicules.

Pour l’Afrique, cette première usine intégrée constitue un signal fort. Elle démontre que le continent peut aspirer à un rôle plus ambitieux dans les industries de haute technologie et ne plus se limiter au statut de fournisseur de matières premières. Le développement d’un écosystème industriel autour des batteries pourrait favoriser l’émergence de fournisseurs locaux, stimuler le transfert de compétences, attirer de nouveaux investissements et encourager la transformation locale des minerais stratégiques.

Cette ambition s’inscrit d’ailleurs dans la stratégie de la BAD visant à renforcer les chaînes de valeur africaines, accélérer l’industrialisation et soutenir la transition énergétique. Selon l’institution, le projet contribuera à créer plus de 600 emplois directs dès sa première phase, tout en portant le taux d’intégration locale à près de 70 %, un niveau particulièrement élevé pour une industrie aussi technologique.

À travers cette gigafactory, le Maroc ne cherche donc pas seulement à renforcer son industrie automobile. Le Royaume ambitionne de devenir la porte d’entrée africaine de la mobilité électrique et de faire émerger une filière continentale des batteries. Si cette stratégie réussit, elle pourrait marquer le début d’un changement de paradigme : celui d’une Afrique davantage intégrée aux chaînes de valeur mondiales des technologies vertes, non plus uniquement comme réservoir de ressources, mais comme territoire de production, d’innovation et d’industrialisation.

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