AFRIQUE — LES MINERAIS CRITIQUES DEVIENNENT UNE NOUVELLE INFRASTRUCTURE GÉOPOLITIQUE

L’Afrique entre dans une nouvelle phase de la compétition mondiale autour des minerais critiques, au moment où la transition énergétique, les batteries, les réseaux électriques, l’électronique et l’intelligence artificielle font exploser la demande de matières premières stratégiques.

La Banque africaine de développement estime que l’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales des principaux minerais critiques, notamment le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, les métaux du groupe du platine, le cuivre, le manganèse et le nickel. La valeur des ressources minérales africaines est estimée à environ 29 500 milliards de dollars en valeur sur site minier, soit près de 8,2 fois le PIB annuel du continent selon les données présentées par la BAD. Environ 8 600 milliards de dollars de cette valeur seraient encore non développés.

Cette concentration de ressources donne au continent une importance géopolitique croissante dans les chaînes mondiales de production. Mais la question centrale n’est plus seulement celle de l’extraction. Elle concerne désormais la transformation locale et régionale.

La BAD identifie douze minerais particulièrement stratégiques pour l’industrialisation africaine : nickel, cuivre, cobalt, lithium, bauxite, phosphate, métaux du groupe du platine, minerai de fer, terres rares, manganèse, graphite et vanadium. Les projections de demande renforcent l’enjeu : à l’horizon 2040, la demande mondiale de métaux du groupe du platine pourrait augmenter de plus de 1 000 %, celle du lithium de 842 % et celle du cuivre de 88 % par rapport à 2023.

La chaîne de valeur des véhicules électriques et des batteries pourrait passer d’environ 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards en 2050, selon les estimations citées par la BAD. Cette évolution transforme donc les minerais africains en véritables actifs géopolitiques et industriels.

En juillet 2026, la BAD, l’Union africaine et plusieurs gouvernements africains ont organisé à Abidjan un forum ministériel consacré précisément à la transformation des chaînes de valeur des minerais critiques et à la beneficiation. Le message est clair : l’Afrique doit passer de l’exportation de minerais bruts à des chaînes de valeur capables de produire davantage de métaux transformés, composants, batteries et produits industriels.

Les banques multilatérales de développement ont également appelé en 2026 à construire des chaînes allant des minerais critiques à la fabrication, avec davantage d’énergie, d’infrastructures, de capitaux et de coopération régionale. La faiblesse des infrastructures électriques et logistiques demeure cependant un obstacle majeur.

La BAD souligne également les déficits de technologie, de compétences, de financement et d’intégration industrielle. L’Afrique dispose donc d’une fenêtre stratégique exceptionnelle : celui qui contrôle la transformation contrôle une part croissante de la valeur. Pour les entreprises marocaines, cette mutation ouvre des possibilités dans l’ingénierie, les équipements industriels, la chimie, l’énergie, la logistique, le recyclage et les services spécialisés.

Le minerai africain devient progressivement une infrastructure de puissance dans la compétition industrielle mondiale.

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